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Le riche et le pauvre selon le plan de Dieu

« Le riche et le pauvre se rencontrent: c’est l’Eternel qui les a faits l’un et l’autre » (Pr. 22:2)

Le riche et le pauvre se rencontrent dans ce monde ; ils vivent l’un près de l’autre. Dieu l’a voulu ainsi. Pourquoi ?

Dans la pensée économique et sociale de Jean Calvin[1], selon le dessein de Dieu, les biens matériel pour la vie présente expriment sa grâce générale et doivent être répandus sur tous les hommes sans exception. Le lien d’amour que Dieu a primitivement établi entre tous les membres de l’humanité doit provoquer une circulation ininterrompue des richesses allant des uns vers les autres. Les biens de ce monde sont destinés à être utilisés pour l’entretien de la vie de toute l’humanité. Si les créatures de Dieu  suivaient donc de leur plein gré, les lois de leur créateur, il y aurait une répartition spontanée et naturelle de ces biens entre tous les hommes. Il y aurait une correspondance exacte entre les richesses de ce monde et les grâces divines qu’elles figurent, tous en seraient également bénéficiaires. Mais le péché est là, qui détruit l’harmonie économique de la création. Par la paresse, l’égoïsme, l’avarice et la cupidité, il désorganise la vie de la société. L’accaparement des richesses fait place à la juste distribution des biens entre tous les hommes.

L’exemple le plus illustre d’une juste répartition des richesses personnelles entre tous les hommes nous est donné par l’histoire de la manne dans le désert.

Quand cette rosée fut dissipée, il y avait à la surface du désert quelque chose de menu comme des grains, quelque chose de menu comme la gelée blanche sur la terre. Les enfants d’Israël regardèrent et ils se dirent l’un à l’autre : Qu’est-ce que cela ? car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : C’est le pain que L’Eternel vous donne pour nourriture. Voici ce que l’Eternel a ordonné: Que chacun de vous en ramasse ce qu’il faut pour sa nourriture, un omer par tête, suivant le nombre de vos personnes ; chacun en prendra pour ceux qui sont dans sa tente. Les Israélites firent ainsi ; et ils en ramassèrent les uns plus, les autres moins. On mesurait ensuite avec l’omer ; celui qui avait ramassé plus n’avait rien de trop, et celui qui avait ramassé moins n’en manquait pas. Chacun ramassait ce qu’il fallait pour sa nourriture. (Ex 16.14-18)

En conséquence de cette fonction que Dieu assigne aux richesses, signe de sa grâce, destinées à pourvoir à l’existence matérielle de tous, il y a pour chacun dans le mécanisme économique de la société, des responsabilités différentes. Les riches, ceux à qui Dieu confie en dépôt des biens collectifs en surcroît, sont chargés d’être les dispensateurs de Dieu auprès de ceux qui en ont moins. Les pauvres, ceux auxquels Dieu ne donne pas immédiatement les biens de la vie en suffisance, doivent en recevoir leur part précisément par l’intermédiaire des riches, ceux-ci étant par la volonté de Dieu, les obligés des pauvres. Les riches sont appelés par Calvin les ministres des pauvres, chargés de subvenir aux besoins des nécessiteux.

Calvin fait remarquer que la Bible ne donne jamais de point de repère quantitatif permettant d’établir qui est riche et qui est pauvre. Il s’agit toujours de renvoyer l’homme à sa relation vivante avec Dieu, en face de qui il prend la responsabilité de l’usage de ses biens, et s’interroge pour savoir dans quelle mesure il est redevable à celui qui est plus pauvre que lui-même. Il précise que l’on est toujours, d’une façon ou d’une autre, le riche de quelqu’un.

Il est important de noter que dans la théologie réformée, le don du riche est un don gratuit, découlant de sa foi et sans mérite pour le salut de sa personne. En fait, l’homme qui vit dans l’obéissance de Dieu ne fait que donner à son prochain ce qu’il reconnaît lui avoir été confié à cette fin par son Maître. Dieu ne donne donc pas à l’homme les biens matériels pour qu’il en dispose égoïstement, mais pour qu’il les communique à ceux à qui ils sont destinés. Ainsi, en aucun cas l’enrichissement personnel ne constitue le but de sa vie, mais devient légitime lorsqu’il est conçu comme moyen de servir dans l’obéissance à Dieu.

Recommande aux riches du présent siècle de ne pas être orgueilleux, et de ne pas mettre leur espérance dans des richesses incertaines, mais de la mettre en Dieu, qui nous donne avec abondance toutes choses pour que nous en jouissions.  Recommande-leur de faire du bien, d’être riches en bonnes œuvres, d’avoir de la libéralité, de la générosité (1Ti 6.17-18).

Dans le pauvre, Dieu lui-même vient à la rencontre de l’homme riche pour éprouver sa foi et sa charité. Ainsi, le pauvre est le ministre de Dieu auprès des hommes, mettant à l’épreuve leur foi et leur obéissance. Car c’est au nombre et au sort des pauvres qu’on juge une société, et c’est à la manière de les accueillir, de les respecter et de les secourir que Dieu juge une personne.

Dieu choisit donc le pauvre pour en faire son messager ici-bas. Par lui, il éprouve la foi des riches, leur rend visite, mesure leur amour. Il a lié son sort au déshérité par l’incarnation de son Fils Jésus-Christ, qui a vécu dans la pauvreté, solidaire de tous les pauvres. C’est pourquoi, aussi, Dieu se constitue le défenseur du pauvre. Toucher au pauvre, lui nuire, augmenter sa misère ou ne pas le secourir, c’est attenter à Dieu lui-même.

Opprimer le pauvre, c’est outrager celui qui l’a fait ; Mais avoir pitié de l’indigent, c’est l’honorer. (Pr. 14:31) ; Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre Criera lui-même et n’aura point de réponse (Pr. 21:13)

Dans la théologie réformée, la qualité du pauvre ne lui confère aucun mérite spirituel. Si elle lui offre des conditions favorables à la compréhension du mystère de Dieu qui s’abaisse en Jésus-Christ, elle ne le prémunit pas nécessairement contre la convoitise des richesses, dont seul le Saint-Esprit est capable de le délivrer. Il ne suffit pas d’être pauvre matériellement pour avoir l’esprit de pauvreté que Dieu requiert de tout homme.

Heureux ceux qui reconnaissent leur pauvreté spirituelle, car le royaume des cieux leur appartient! (Mat. 5:3)

 

[1] André Biéler, La pensée économique et sociale de Jean Calvin, éditions Georg Editeur

Pas d’erreurs !

« Toute l’Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » (2 Timothée 3:16)

Dans ce court article, j’ai à cœur de rappeler une vérité fondamentale de la foi chrétienne. Il s’agit de l’inerrance de la Bible.

Qu’est-ce que l’inerrance biblique ?

C’est la position doctrinale selon laquelle la Bible ne comporte aucune erreur dans sa forme originelle (manuscrits d’origine), tant en ce qui concerne la foi et la vie du croyant, qu’au sujet de l’authenticité du texte et des détails relatifs aux thèmes scientifiques, historiques et géographiques. Ceci implique que les auteurs bibliques ont été guidés par le Saint-Esprit de telle manière qu’ils ont transmis parfaitement et sans erreur le message exact que Dieu désirait communiquer à l’homme.

Voici ce qu’affirme à ce sujet la Déclaration de Chicago du 28 octobre 1978 :

  1. Dieu, qui est lui-même la Vérité et ne dit que le vrai, a inspiré l’Écriture sainte pour se révéler lui-même par elle aux hommes perdus, pour se révéler en Jésus-Christ comme le Créateur et le Seigneur, le Rédempteur et le Juge. L’Écriture sainte est le témoignage que Dieu se rend à lui-même.
  2. L’Écriture sainte, puisqu’elle est la Parole même de Dieu, écrite par des hommes préparés et gouvernés par son Esprit, a une autorité divine infaillible sur tous les sujets qu’elle touche: nous devons la croire, comme instruction de Dieu, en tout ce qu’elle affirme; nous devons lui obéir, comme commandement de Dieu, en tout ce qu’elle prescrit; nous devons nous attacher à elle, comme engagement de Dieu, en tout ce qu’elle promet.
  3. Le Saint-Esprit, son divin Auteur, nous assure de la vérité de l’Écriture par son témoignage intérieur et nous ouvre, en même temps, l’intelligence pour que nous percevions le sens des Paroles.
  4. Inspirée par Dieu totalement et verbalement, l’Écriture est exempte d’erreurs ou de fautes dans tout son enseignement, non moins dans ce qu’elle déclare des actes créateurs de Dieu et des événements de l’histoire du monde, et au sujet de sa production littéraire (telle que Dieu l’a conduite), que dans son témoignage à l’œuvre de la grâce divine pour le salut personnel.
  5. On lèse inéluctablement l’autorité de l’Écriture si on limite ou néglige d’aucune manière cette totale inerrance divine, ou si on l’asservit à une conception de la vérité contraire à la conception biblique: la vie de l’individu et celle de l’Église souffrent gravement de telles défaillances.

Où la doctrine de l’inerrance a t-t’elle sa source ?

Citons les propos de René Pache[1] : « Elle découle pour nous de la nature et des déclarations de l’Écriture elle-même. Celle-ci ne cesse de se présenter comme étant la Parole de Dieu[2]. Si le Seigneur parle, Il ne peut mentir, ni enseigner la vérité au moyen de l’erreur. Sa véracité aussi bien que sa puissance sont en jeu. S’Il avait dès le départ parlé de façon fautive ou mélangé le vrai et le faux, que faudrait-il penser de Lui ? Quelle certitude nous apporterait une telle révélation, dont doit dépendre pourtant notre salut éternel ? Ou si, ayant donné aux auteurs sacrés un message en tous points exact, Dieu se montrait ensuite incapable d’en assurer une transmission digne de confiance, ne nous décevrait-il pas ? Et dans ce cas, à quoi aurait servi sa révélation première ? »

 « En recevant la parole de Dieu que nous vous avons fait entendre, vous l’avez accueillie, non comme la parole des hommes, mais comme ce qu’elle est vraiment : la parole de Dieu qui agit en vous qui croyez. » (1Th 2.13)

[1] René Pache, “L’inspiration et l’autorité de la Bible”, p 112, Éditions Emmaüs

[2] “La loi de l’Éternel est parfaite” (Ps 19.8); “Le témoignage de l’Éternel est véritable” (Ps 119.42); “Ta Parole est la vérité” (Jean 17.17) ; “la loi est sainte, et le commandement est saint, juste et bon.” (Rm 7.12) ; etc.

La grâce seule (sola gratia)

Sola gratia : la grâce seule ; le salut n’est pas le résultat de nos efforts ou de nos mérites mais s’obtient par la grâce seule. « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. » (Éphésiens 2:8)

Qu’est-ce que la grâce divine ? Beaucoup de définitions pourraient être données, selon les différents aspects qu’elle englobe. Pour nous limiter à une définition simple : la grâce est une faveur imméritée que Dieu accorde gratuitement au pécheur selon sa libre et souveraine volonté.

 Avec ce 2ème sola, les réformateurs s’opposaient à la doctrine catholique qui affirme que l’homme doit coopérer à sa justification devant Dieu[1].

Ainsi, c’est dans sa grâce que Dieu déclare juste le pécheur. C’est l’enseignement clair des Saintes Écritures. Romains 4.5-8 : « Et si quelqu’un n’accomplit pas d’œuvre mais place sa confiance en Dieu qui déclare justes les pécheurs, Dieu le déclare juste en portant sa foi à son crédit. David exprime aussi de la même manière le bonheur de l’homme que Dieu déclare juste sans qu’il ait produit d’œuvres pour le mériter : Heureux ceux dont les fautes ont été pardonnées et dont les péchés ont été effacés.  Heureux l’homme au compte de qui le Seigneur ne porte pas le péché. »

Laissons ici la parole à Charles Spurgeon, pasteur, prédicateur et écrivain anglais du 19ème siècle[2] :

« Le Seigneur Jésus n’est pas venu dans ce monde pour chercher la bonté et la justice parmi les hommes. Mais pour les leur apporter et en faire don à ceux d’entre eux qui ne s’estiment ni bons ni justes. Il vient vers nous, non parce que nous sommes justes, mais pour nous rendre tels, car il a le pouvoir de déclarer justes les pécheurs. Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver des pécheurs[3]. Le salut de Dieu ne concerne que ceux qui en sont indignes, qui n’ont rien fait pour le mériter. Vous, homme juste dont la justice est basée sur vos bonnes œuvres, vous êtes soit trompeur, soit trompé, car l’Écriture qui est infaillible déclare « Il n’y a pas de justes, pas même un seul » (Romains 3.10). Si vous vous croyez juste, l’Évangile n’est pas pour vous ! En refusant d’admettre votre péché, vous empêchez le Dieu tout puissant d’exercer son pouvoir de pardonner. La grâce n’est que pour les coupables. Le pardon divin n’est que pour les pécheurs.

C’est parce que Dieu est un Dieu de grâce que les pécheurs peuvent être pardonnés, transformés, purifiés et sauvés. Ce n’est pas parce qu’il y a, ou qu’il n’y aura jamais quelque chose de bon en eux qu’ils sont sauvés, mais c’est à cause de l’amour sans bornes, de la bonté, de la compassion, de la miséricorde et de la grâce infinies de Dieu. »

Cette grande vérité du salut par la grâce seule est, depuis ces dernières décennies, battue en brèche dans le monde évangélique. La proclamation d’un évangile humaniste, centré sur l’homme, a conduit progressivement les églises à affirmer la capacité de l’homme à « produire son salut ».

Déjà en 1997[4], Frank Horton, ancien directeur de l’Institut Biblique Emmaüs en Suisse, dénonçait cette confiance injustifiée dans la capacité de l’homme comme le résultat de la nature humaine déchue. « Cette fausse confiance, » écrivait-il,  « remplit maintenant le monde évangélique – à partir de l’évangile de l’estime de soi jusqu’à l’évangile de la santé et de la richesse; à partir de ceux qui ont transformé l’Évangile en un produit à vendre et les pécheurs en des consommateurs qui désirent acheter, jusqu’à d’autres qui considèrent que la foi chrétienne est vraie parce qu’elle est efficace. Tous “ces dérapages” réduisent au silence la doctrine de la justification, quels que soient les engagements officiels de nos églises. La grâce de Dieu en Christ est non seulement nécessaire, mais reste la seule cause efficace du salut. Nous confessons que les êtres humains naissent morts sur le plan spirituel et sont incapables de collaborer avec la grâce qui régénère. »

La Déclaration de Cambridge, signée par 120 pasteurs et théologiens évangéliques en avril 1996 déclare :

  • Nous réaffirmons que par le salut nous sommes délivrés de la colère de Dieu, et cela par sa grâce seule. C’est l’œuvre surnaturelle du Saint-Esprit que de nous conduire au Christ en nous libérant de notre esclavage au péché et en nous ressuscitant de la mort spirituelle à la vie spirituelle.
  • Nous déclarons que le salut n’est en aucun sens une ouvre humaine. Les méthodes, techniques et stratégies humaines ne peuvent, par elles-mêmes, accomplir cette transformation. La foi ne peut être produite par notre nature humaine non-régénérée.

 

[1] L’Eglise Catholique Romaine a rappelé sa position dans sa Réponse à la déclaration commune de l’Eglise Catholique et de la Fédération Luthérienne mondiale sur la doctrine de la justification : «La phrase “le don divin de la grâce demeure, dans la justification, indépendant de la coopération humaine”, doit être comprise dans le sens que les dons de grâce de Dieu ne dépendent pas des œuvres de l’homme, mais non dans le sens que la justification puisse se faire sans la coopération de l’homme.
[2] Extrait du livre Tout par grâce, Editeurs de Littérature Biblique, 2006
[3] Luc 5:32 : Je ne suis pas venu appeler à la repentance des justes, mais des pécheurs.
[4] Article sur La Déclaration de Cambridge de 1996, publié dans la revue Promesses (n°2, 1997)

Louange et cœur pur

Nous nous permettons de vous partager une réflexion sur le psaume 66, écrite par le pasteur et théologien Don Carson dans son ouvrage « Le Dieu qui se dévoile »

***

À une époque où se multiplient les « groupes de louanges », les gens sont tentés de penser que notre génération est particulièrement douée pour la louange. Nous nous disons que nous en savons certainement plus que nos parents et grands-parents dans leurs costumes sombres, leurs cultes collet monté, chantant des cantiques démodés.

Ce n’est pas en nous focalisant sur des stéréotypes que nous ferons avancer les choses dans ce domaine. Malgré les réserves et les critiques de certaines personnes âgées, toutes les expressions contemporaines de la louange ne sont pas frivoles et creuses ; malgré les critiques et le mépris de certains jeunes, toutes les formes de louange de la génération passée ne doivent pas nécessairement être rejetées et remplacées par des formes plus immédiates et plus contemporaines.

Le Psaume 66 exprime cependant deux éléments qu’on n’entend pratiquement jamais aujourd’hui et qu’il faut absolument réintroduire dans notre louange et notre pensée.

1° Versets 8 à 12. Peuples, bénissez notre Dieu, faites retentir sa louange! Le psalmiste invite tous les peuples de la terre à écouter le peuple de Dieu le louer parce qu’« il amène notre âme à la vie, et il n’a pas exposé notre pied à chanceler ». Puis l’auteur s’adresse directement à Dieu et révèle le contexte dans lequel il a été préservé : « Car tu nous as sondés, ô Dieu ! Tu nous as éprouvés comme on éprouve l’argent. Tu nous avais amenés dans le filet, tu avais mis sur nos reins un pesant fardeau, tu avais fait chevaucher des hommes à notre tête, nous avions passé par le feu et par l’eau, mais tu nous en as fait sortir pour nous donner l’abondance » (66:10-12).

Voilà qui est surprenant. Le psalmiste remercie Dieu d’avoir éprouvé le peuple de l’alliance, de l’avoir affiné en le faisant passer au creuset de circonstances particulièrement difficiles et de l’avoir gardé tout au long de cette expérience. Telle est la réaction de la foi qui ouvre les yeux, de la foi authentique. On n’entend pas ces paroles sur les lèvres de ceux qui louent et remercient Dieu uniquement quand les difficultés les épargnent ou qu’ils se sentent heureux.

2° Versets 17 à 19. Le cri désespéré du psalmiste est associé à la justice : « J’ai crié à lui de ma bouche, et ma langue a pu l’exalter. Si j’avais vu de la fraude dans mon cœur, le Seigneur ne m’aurait pas écouté. Mais en fait Dieu m’a écouté, il a été attentif à la voix de ma prière » (66:17-19). Cela ne signifie évidemment pas que le Seigneur nous écoute parce que nous avons mérité sa faveur par notre conduite juste. Mais parce que nous sommes entrés dans une relation personnelle d’alliance avec Dieu, nous lui devons allégeance, confiance et obéissance. Au contraire, si nous cultivions le péché dans notre for intérieur et que nous criions à lui pour être secourus, pourquoi ne répondrait-il pas par le jugement et le châtiment que nous méritons ? Il pourrait se détourner de nous et laisser le péché poursuivre son œuvre horrible en nous.

Il est urgent que notre génération associe louange et justice, adoration et obéissance, et la réponse du Seigneur à un cœur pur.

 

L’Ecriture seule (sola scriptura)

Les 5 solas de la Réforme constituent le fondement de la foi protestante et évangélique. Résumés en quelques mots, ils sont l’expression la plus claire d’un authentique christianisme biblique :

  • Sola Scriptura: L’Écriture seule; la Bible est l’autorité suprême en matière de doctrine et de vie. Les 4 autres Solas découlent de celui-ci.
  • Sola gratia: la grâce seule ; le salut n’est pas le résultat de nos efforts ou de nos mérites mais s’obtient par la grâce seule.
  • Sola fide: La foi seule ; le salut n’est pas donné par les sacrements ou la religion mais par la foi seule.
  • Solus Christus: Jésus-Christ seul ; Jésus-Christ est le seul médiateur entre Dieu et nous.
  • Soli Deo Gloria: A Dieu seul la gloire ; Dieu est le seul qu’il faut adorer et prier.

Le présent article aborde le 1er sola : Sola Scriptura,  l’Écriture seule. Les 4 autres solas seront traités dans les prochains articles.

Que faut-il comprendre par Sola Scriptura?

Cette expression latine englobe les vérités suivantes :

  • La Bible constitue l’unique autorité finale pour tout ce qui touche au salut, à la foi et à la vie. Cette autorité ne dépend pas du témoignage d’un homme ou d’une église, mais entièrement de Dieu, son auteur qui est la Vérité même.
  • Tout le Conseil de Dieu, c’est-à-dire tout ce qui est nécessaire à la gloire du Seigneur ainsi qu’au salut, à la foi et à la vie de l’homme, est expressément consigné dans l’Écriture ou doit en être déduit comme une bonne et nécessaire conséquence. Rien, en aucun temps, ne peut y être ajouté, soit par de nouvelles révélations de l’Esprit, soit par les traditions humaines[1].
  • L’Écriture Sainte s’interprète, pour le croyant, de l’intérieur, par le témoignage du Saint-Esprit. C’est-à-dire l’activité de Dieu par laquelle la vérité de sa Parole est communiquée à l’esprit et à la conscience de son Peuple[2]. Le Dieu vivant parle directement et non par l’intermédiaire du Pape, des conciles ou des prêtres.
  • L’Écriture elle-même est la règle infaillible de son interprétation. C’est pourquoi, lorsque se pose une question au sujet du sens véritable et complet d’un texte quelconque de l’Écriture (qui n’est pas incohérente mais une), la réponse doit être cherchée et trouvée à l’aide d’autres textes plus clairs. Il s’agit du principe de « l’analogie de la foi ».

Quelles applications pour l’église d’aujourd’hui pouvons-nous tirer de ce 1er sola?

Il découle de ces affirmations que la Parole de Dieu est pleinement suffisante dans les domaines :

De l’évangélisation[3]

Toutes les techniques employées: musique captivante, témoignages personnels, appels à l’émotion, s’avancer pour témoigner de sa consécration au Christ, tout cela est, dans le meilleur des cas, un complément. «Mais si on utilise de tels moyens ou si on s’appuie sur eux sans une prédication fidèle et un enseignement de la Parole de Dieu, les «conversions» qui en résultent seront de fausses conversions, ce qui veut dire que ceux qui y répondent ne seront pas de vrais chrétiens, mais seulement des chrétiens de nom. Le seul moyen par lequel le Saint-Esprit agit pour régénérer des hommes et des femmes, c’est la Parole de Dieu». L’apôtre Pierre a dit: Vous êtes nés à une vie nouvelle, non d’un homme mortel, mais d’une semence immortelle: la Parole vivante et éternelle de Dieu (1 Pi 1.23).[4]

De la sanctification[5]

En parlant de sanctification[6], la plupart d’entre nous pensent soit à une méthode («Si vous voulez être saint, voici trois choses que vous devrez faire… »), soit à une expérience («Vous avez besoin d’une seconde œuvre de la grâce, d’un baptême du Saint-Esprit »). Pour Paul, il s’agit de connaître la Bible et ce qu’elle enseigne au sujet de ce que Dieu a fait pour nous lorsqu’il nous a sauvés. Dans Rom 6.11, Paul dit pour la première fois dans l’épître que le croyant doit faire quelque chose: se considérer comme mort au péché et vivant pour Dieu en Jésus-Christ. Il doit s’appuyer sur quelque chose qui a été accompli pour lui – il doit donc connaître l’Ecriture, puis agir sur la base de cette connaissance. Telle est l’approche biblique de la sanctification: connaître et vivre par la Parole suffisante de Dieu[7].

De la conduite de notre vie

Le Dieu tout-puissant et omniscient, créateur de toutes choses, connaît parfaitement le cœur et la pensée des hommes. Dans sa bonté et sa bienveillance pour l’humanité, Il a donné dans sa Parole les principes éthiques et moraux nécessaires pour le bien des hommes[8]. Ces principes de l’Ecriture Sainte s’appliquent dans tous les âges et pour tous les peuples. Ils enseignent à chaque chrétien à vivre dans le monde présent d’une manière qui soit agréable à Dieu, sensée, juste et pieuse[9]. La Bible établit ainsi les principes fondamentaux pour la vie en société et en famille, l’éducation des enfants, les relations au travail et avec l’autorité, pour régler les affaires et exercer la justice, etc.[10]

 

[1] Dt 4.2; Ap. 22.18-19
[2] 1 Cor. 2.12-15, Eph. 1.16-20, 1 Jean 5.6
[3] Repris de l’article de Frank Horton & Alfred Kuen, Sola Scriptura, publié sur Evangile 21
[4] James Montgomey Boice, cité dans l’article Sola Scriptura de Frank Horton & Alfred Kuen, publié sur Evangile 21
[5] Repris de l’article de Frank Horton & Alfred Kuen op. cité
[6] La sanctification est le processus de croissance du croyant dans sa sainteté, c’est-à-dire dans sa séparation du monde et de ses souillures, et dans la consécration de sa vie pour Dieu. En d’autres termes, il s’agit de sa croissance progressive dans la ressemblance à la nature humaine parfaite de Jésus-Christ.
[7] 2 Tim. 3.16-17
[8] Cf. les 10 commandements en Dt 5.6-21; la vie nouvelle en Christ exposée par l’apôtre Paul dans Col. 3.1 – 4.1
[9] Tite 2.12
[10] Ps 19.8-9; 119.105